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*** Covid-19, Black lives matter et design

Alors que nous avons vécu ce printemps inédit en téléspectateurs confinés et impuissants, alors que surgissent de Minneapolis les images insoutenables de la mort d’un homme, nous voilà, designers et communicants, confrontés au questionnement existentiel de notre raison d’être.

Un fils demande à son père, graphiste :
– Et toi, papa, qu’as-tu fait contre la pandémie ?
– Moi ? J’ai espacé les lettres des logos des marques.
– Et contre le racisme dans le monde ?
– J’ai mis un aplat noir sur leurs réseaux sociaux.

… Ceci est un article de Gilles Deléris publié le 13 Juin 2020 pour Stratégies

Alors que nous avons vécu ce printemps inédit en téléspectateurs confinés et impuissants, alors que surgissent de Minneapolis les images insoutenables de la mort d’un homme, nous voilà, designers et communicants, confrontés au questionnement existentiel de notre raison d’être.

Ces dessins drôles mais cruels, rassemblés en ce seul dialogue, viennent illustrer les initiatives un peu gauches de quelques entreprises désemparées face à la pandémie puis ébranlées par ce coup de projecteur tragique sur la réalité américaine.
On vit ainsi une série d’exercices de style de « distanciation graphique » : Audi, espaçant les cercles de son symbole, Coca-Cola, écartant les lettres les unes des autres, Volkswagen, qui désolidarisait le V du W et MasterCard ses deux cercles de couleur, etc. Tant de marques qui, pour témoigner de leur solidarité, en vinrent à produire, parfois maladroitement, ces mêmes dérisoires.
On vit également les réseaux sociaux ou les sites internet marquer leur refus du racisme d’un écran noir.
Face aux enjeux vitaux de préservation de nos écosystèmes, face aux inégalités, à l’injustice sociale et raciale partout vécue dans le monde, ces dessins flattaient l’idée commune de considérer nos métiers comme secondaires en dénonçant leur inutilité.
Il n’en est rien.

Les disciplines et les acteurs de la communication auront à jouer un rôle majeur dans les années à venir.
Au titre de l’emploi et de la reprise salutaire des activités industrielles et commerciales, dont le branding et la publicité sont les activateurs, indispensable pour amortir les effets collatéraux d’une crise économique sans précédent.
Mais aussi et surtout afin de prendre part aux transformations sociétales urgentes tant sur le terrain économique et industriel que sur celui des liens sociaux et du vivre ensemble.

Sismographes

Les designers, véritables sismographes de ces grands tremblements, sont aux premières loges de ces évolutions.
À la fin de la première moitié du 19ème siècle, Catharine Beecher rationalisa les déplacements et les gestes de la ménagère afin de soulager le travail des femmes et de faire valoir le bien-fondé de l’abolition de l’esclavage. « Dès l’origine, […] le design relève d’un engagement féministe et abolitionniste », écrit Alexandra Midal (1).
Ils s’imposèrent, il y a un siècle, pour accompagner la seconde révolution industrielle et donner une forme adéquate, fonctionnelle et hygiénique à nos conditions de vie.
Ils seront là, demain, pour faire place à ce que Jacques Attali nomme « l’économie de la vie ». Pour reconsidérer nos priorités et nos usages ; pour concevoir mieux avec moins au meilleur coût : moins de papier, moins de plastique, moins d’emballages inutiles ; pour penser l’inclusion de toutes et de tous dans les espaces publics et simplifier les parcours physiques et l’ergonomie en ligne ; pour imaginer des lieux de commerce comme activateurs de liens ; pour encourager le Made in France en optimisant les performances des outils industriels et des savoir-faire exceptionnels du pays ; pour réconcilier l’industrie de la mode et une consommation raisonnée…
Ils seront aux côtés de marques fortes, impliquées, apurées d’un marketing de l’excès, auxquelles les consommateurs et les citoyens sauront accorder une confiance renouvelée.
Ils auront également à équiper nos vies, la ville et la campagne des services et des usages nouveaux de la mobilité. Ils en dessineront les signes et les codes qui marqueront l’époque.
Ils tiendront, à leur mesure, une place forte dans le paysage politique, au sein de la cité, pour retisser des liens brisés, combler les fossés et pour faire société. Ils inventeront, en testant et en apprenant sans cesse, avec les femmes et les hommes de bonne volonté, un jour d’après préférable, harmonieux, apaisé. Vive le design !

Vignette de l’article : Gilles Deléris, cofondateur et coprésident de l’agence W.| DR

Pertinence et intérêt de l’article selon [[[[ designer.s ]]]] :

***** Exceptionnel, pépite
**** Très intéressant et/ou focus
*** Intéressant
** Faible, approximatif
* Mauvais, très critiquable
(i) . Informatif